Voilà enfin arrivé le jour qui vient clore ces 2 mois de préparation .
Millau... ! La Mecque du 100km ! Une des épreuves les plus réputées de France !
Je me demandais parfois si je n'avais pas les yeux plus gros que le ventre en voulant m'attaquer à ce mythe .
Me voilà donc ce samedi matin au départ de l'épreuve . Je ne suis pas seul car mon fils Nicolas s'est décidé le week-end dernier à m'accompagner en vélo : un vieux vtt rafistolé à la dernière
minute fera l'affaire . Au début j'étais contre car il n'a jamais fait 100km avec , mais à force de persuasion j'ai fini par céder et franchement je ne regrette pas . Sur ce genre de course ,
surtout pour une première fois , l'accompagnement d'un suiveur allège considérablement le coureur (dans tous les sens du terme) .
Nous avions rendez-vous avec tous les CLM pour une photo de groupe juste avant le départ , mais pas facile de se repérer dans cette foule . Finalement Nico aperçoit Stéphane , meneur d'allure 13h
et tout le petit groupe CLM autour . Après trois ou quatre photos ensemble les suiveurs commencent à partir pour rejoindre à 6km le lieu où ils récupéreront leur coureur . Pas question en
effet de partir tous ensemble , ce serait une belle pagaille !
Le départ en groupe , en marchant , du Parc de la Victoire nous mène jusqu'à l'arche de départ à environ un kilomètre , d'où nous partirons . Je suis en compagnie d'Arnaud qui lui aussi se lance
sur la distance pour la première fois . A 10 heures pile nous nous élançons enfin .
Je cours donc avec Arnaud les premiers kilomètres , l'allure est un peu rapide on doit dépasser les 10km/h , il va falloir se modérer sur ce début de course sinon on risque de le payer ...pas
facile ! Au premier village traversé , Aguessac , je récupère Nicolas qui m'attendait sur le bas-côté de la route , perdu au milieu de tous ces cyclistes , heureusement on se repère
facilement . Par contre je perds de vue Arnaud , son suiveur n'étant pas posté au même endroit que le mien . Le parcours suit le Tarn , côté rive droite . Je ne m'attendais pas à
ce que le paysage soit aussi beau et vu le train de sénateur adopté on en profite pour en prendre plein les mirettes ! C'est désormais Jean-Louis , centbornard bien connu qui m'accompagne et en
profite pour me donner quelques conseils car il connaît très bien le parcours . C'est grâce lui que j'ai choisi Millau pour mon premier 1OOkm , sur ses conseils c'est celui qu'il faut faire et
vraiment je ne le regrette pas .
Je perds Jean-Louis à un ravitaillement et ne le reverrai qu'à l'arrivée .
Autre rencontre , Géraldine qui comme moi est novice sur la distance . Pour l'instant , la pauvre , elle recherche son suiveur , perdu à un ravito . Manque de chance pas de réseau ! Devant ,
derrière , difficile de savoir . Finalement elle le retrouvera , je pense avec soulagement .
Nicolas mes côtés en profite pour prendre quelques photos et filmer , toujours en tenant très au sérieux son rôle surtout quand j'oublie de m'hydrater il me le rappelle . Nous faisons
demi-tour à Rozier et courons dorénavant sur l'autre rive du Tarn , direction Millau . Le parcours est plus vallonné maintenant , grimpettes et descentes se succèdent . Cette deuxième partie est un
peu plus dure , heureusement les passages ombragés sous les feuillages et le petit air frais nous permettent de ne pas trop souffrir .
Aux alentours du trentième je remarque déjà des coureurs qui marchent ...ils ne sont pas au bout de leur peine !
Les premières maisons annoncent Millau . Aux balcons les gens nous encouragent , ça fait du bien tout ça !
J'entends " Allez Didier !" . C'est la première fois que je viens ici et ne connaît personne !!?? Je me retourne stupéfait vers la dame qui me montre le journal qu'elle a entre les mains et d'un
coup je comprends . Les numéros de dossards avec les noms des coureurs étaient imprimés sur le quotidien local , il n'y a pas à dire , ils font les choses bien à Millau .
La traversée de la ville au milieu de la circulation demande un peu d'attention , surtout pour le suiveur , mais les bénévoles sont suffisamment nombreux pour assurer la sécurité . A l'entrée
du Parc de la Victoire , là où nous avons retirés nos dossard et où se situe l'arrivée , Nicolas est stoppé par l'organisation : interdit aux vélos ! Je remonte seul l'allée de platanes qui mène
dans la salle où l'entrée est divisée en deux : à droite l'arrivée des marathoniens , à gauche un ravito et le contrôle à la poêle à frire des centbornards . Je ne m'attarde guère car je ne
suis pas trop tranquille de laisser Nicolas tout seul , c'est bête mais c'est comme ça . Passage au marathon : 4h36mn .
De retour à l'entrée du Parc Arnaud est là , il ne me paraît pas bien , rouge , en sueur , bref pas le top pour continuer .
On repart ensemble c'est décidé ! Nous sortons de la ville et nous dirigeons vers le viaduc , Arnaud est un peu à la traîne , puis me rattrape à la faveur d'un arrêt pipi ( le seul de toute ma
course ) . La première grande montée nous amène sous le pont . La majorité des coureurs marchent et je fais de même avec toutefois une meilleure cadence que la plupart ce qui me permet d'en
remonter quelques uns . Nicolas est descendu du vélo et le pousse , le pauvre , la selle commence à être dure et à lui faire mal aux fesses . Cela fait cinq heures qu'il est dessus et ça
devient pénible pour le postérieur . Arrivés au sommet une petite photo avec le pont en contre plongée et c'est reparti pour une belle descente . Pour ma part toujours de très bonnes sensations si
ce n'est une douleur à la hanche qui apparaît lorsque je repars après un ravito et qui s'estompe au bout de quelques minutes . Je croise Eric dans la descente , il n'est pas trop bien . Je
lui envoie un petit "courage" et le laisse . Le reste du parcours est un long faux-plat qui va nous mener à une vraie montée ! Sur cette portion nous croisons le premier suivi d'un cortège de
vélos . Que de monde autour de lui , il ne risque pas de s'ennuyer !
Nous attendons désespérément le second qui , finalement se pointera presque une demi-heure après . Ce ne lui sera pas facile de remonter le premier , pensais- je . J'ai le plaisir de voir que le
quatrième est en fait la quatrième , la première féminine . Moi qui pensais que le 100km était une affaire d'homme ! Je me trompais .
Des autres coureurs arrivent seuls ou parfois en petit groupe et tout cela met un peu d'animation autour de nous , on en oublierait presque que l'on commence seulement la deuxième moitié de la
course ...
Arrive enfin le sommet puis la descente sur Saint Affrique , une belle descente en effet ... Vers le milieu je croise Cécile , Géraldine , Philippe et Dominique (tous des CLM) qui courent en groupe
. Un petit mot gentil , un encouragement et vogue la galère , Saint Affrique est à deux pas .
Saint Affrique , nous voici donc arrivés à la moitié de cette deuxième boucle , il est environ 18h30 . Un petit arrêt au ravito avant d'entamer le demi-tour , là j'en profite pour récupérer un
T.shirt à manches longues en prévision de la nuit . Un petit coup de fil passé à Monique pour la rassurer et je repars avec Nicolas .
On fait une petite boucle dans le village où nous avons droit aux applaudissements des passants puis les choses sérieuse commencent : la fameuse côte qu'il va bien falloir gravir .
Et là , ô surprise , en face dans la descente, tout frais et souriant , Arnaud qui semble avoir repris du poil de la bête depuis la dernière fois que je l'ai vu . Ca nous a rassurés Nico et
moi . La longue montée de plus de six kilomètres est vraiment raide à certains endroits , aussi je marche de façon rapide , mon fils met pied à terre et pousse le vélo à mes côtés , histoire de
soulager un peu ses fesses ! A un moment donné je repars en courant et lui demande à quelle vitesse je cours , " six et demi" me dit-il , alors qu'en marchant vite j'arrive à 6km/h . Ce n'est pas
la peine pour un demi km/ de dépenser autant d'énergie , je remarche donc . Le soleil a disparu lorsque nous atteignons le sommet , dans la descente Nicolas allume l'éclairage et je revêts mon
T.shirt à manches longues , la fraîcheur se faisant ressentir .
Je reçois un coup de fil de Christophe qui me demande dans quel état je suis , il sent bien à ma voix que tout se passe bien et le rassure : tout baigne ! Le moral et le physique sont au beau fixe
, je passe le 82ème . La nuit s'est maintenant installée et , des coureurs ou suiveurs , on ne se distingue que les frontales et les feux des vélos .
Je pensais dans cette descente un peu accélérer le rythme , faire du 10,5 - 11km/h , mais c'est impossible je me maintiens à 9,5 - 10km/h , ou alors il aurait fallu forcer au risque de se griller
et il n'en est pas question . Je garde donc mon train de sénateur .
Les kilomètres passent sans sourciller , je m'arrête à deux ravitos , pas longtemps pour ne pas trop me refroidir . Le panneau 90 apparaît dans la montée vers le viaduc dont on ne distingue que la
lumière rouge au-dessus des piles .
Je dis à mon fils "c'est la dernière grimpette , après , descente ou plat , fini les montées !"
Dans la descente qui suit quelques coureurs nous doublent à bonne allure , ils en ont encore un peu sous la semelle me dis-je . Puis en face de nous ...une montée ! Oubliée celle-la ! Après 12
heures de course la mémoire n'est plus aussi sûre , même Nico ne s'en rappelait plus . Elle passera finalement sans problème et même en rigolant tous les deux , Nico et moi .
Je passe le dernier ravito sans m'arrêter , ça me fera gagner quelques places au classement pensais-je .
Au 99ème je dis au fiston de me laisser et de partir devant pour filmer mon arrivée .
Je passe l'entrée du Parc de la Victoire et remonte l'allée de platanes où le public de part et d'autre acclame les valeureux finishers . Une petite accélération pour faire bonne figure , quelques
mercis aux personnes qui nous félicitent et c'est l'arrivée dans le gymnase , le passage sous l'arche sous les bravos de la salle .
Nicolas m'attend derrière la ligne , il a pu filmer mon arrivée juste à temps pour immortaliser ce moment .
Ca y est , je suis centbornard !
Voilà , une belle aventure qui se termine , une aventure vécue à deux , car sa présence je crois a été une clé de ma réussite . Et puis qui connaît mieux un père que son fils . Il était celui qui
devait m'accompagner pour cette "épreuve".
Merci Nicolas de m'avoir supporté pendant plus de douze heures . L'année prochaine si tu veux faire Millau je serai à tes côtés en vélo .