Troisième édition pour moi , Millau devient décidément incontournable chaque année . A vrai dire dès ma première participation j’ai adoré : le lieu , l’ambiance , l’organisation , (les cyclistes au milieu des coureurs ça surprend la première fois…) , les ravitos , l’arrivée , bref que du bon , alors pourquoi se priver ! Cette année est quand même un peu spéciale , d’abord c’est la 40ème édition avec une médaille aux finishers , donc à ne pas manquer , ensuite et ça a été une surprise , Monique se décide au mois de mai à s’inscrire à l’épreuve . Après avoir couru 11 heures dans les montagnes drômoises avec nos amis varois les Convert , elle s’est dit qu’un 100km était réalisable . Et la voilà à potasser un plan d’entraînement et à rallonger ses sorties course à pied . On fait ça sérieusement ou pas … !
Une de nos copines , Miss Sandra , qui a eu l’imprudence de m’entendre parler de Millau lors d’une sortie s’est aussi décidée à franchir le pas . Me voici donc sans le vouloir un peu l’instigateur de ces deux inscriptions . Une pression de plus !
Deux gros mois d’entraînement , en plein été , avec des températures assez élevées chacun travaillant ses allures propres et avalant un nombre considérable de kilomètres . En guise répit une semaine à Montréal , où nous avons accompagné notre fille , nous a un peu changé de notre train-train . Mais la semaine d’après , avec deux décalages horaires et la reprise du travail , a été plutôt difficile : pas d’envie , lassitude , fatigue etc… Heureusement cela n’a pas duré et la motivation est revenue .
Cette année je me suis fixé de courir le marathon à 11km/h , c’est à dire en 3h50mn , gagner donc un quart d’heure sur l’année dernière et après…on verra . Peut-être encore 20mn à gratter sur la deuxième partie …
Départ à deux voitures vendredi matin en compagnie de Sandra et Danielle son accompagnatrice vélo . Arrivés à Millau , petite reconnaissance en auto de la deuxième partie Millau-Saint-Affrique , puis direction le Parc de la Victoire où nous retrouvons toute l’équipe CLM . Et que de monde… des têtes connues et d’autres qui vont devenir familières . Cette année une belle panoplie de prétendants centbornards pour cette épreuve . L’année dernière nous avions tant vanté Millau que beaucoup se sont décidés à franchir le pas , c’est super .
Nous logeons cette année dans un gîte à quelques kilomètres de la ville , mais pas n’importe où …dans une yourte mongole installée par le propriétaire près de ses bâtiments . Je dois dire que nous avons Monique et moi immédiatement été emballés à l’idée de dormir sous la yourte . Le rêve de notre fille Juliette aussi …on lui enverra des photos elle qui vit à présent à Montréal !
Le lendemain matin nous nous retrouvons tous au Parc de la Victoire pour le départ en cortège . Les vélos ayant déjà quitté les lieux pour Aguessac . La véritable ligne de départ est à environ 1km du parc , environ un quart d’heure de marche pendant lequel la tension devient palpable pour beaucoup .
A 10 heures juste , nous passons sous la portique pour une longue journée de course à pied . Un dernier petit bisou à Monique et c’est parti , à chacun son aventure . J’ai loupé Sandra au moment de partir et le regrette un peu …
Je cours avec Alex les premiers kilomètres puis le perds de vue vers Aguessac là où les vélos récupèrent leur coureurs . Danielle est assez loin de la sortie du village et attend Sandra , je lui fais un petit signe au passage . C’est impressionnant le nombre de coureurs et de vélos , pratiquement le double que les années précédentes , l’effet « 40ème Edition » a attiré du monde . L’allure que je me suis fixée est tenue tout en étant légèrement plus rapide avant le semi , car après le parcours est plus vallonné . Pas de difficulté donc , tout se passe comme prévu . Après presque trois heures de course la chaleur devient plus intense , j’ai environ 30km dans les jambes et commence à ressentir quelques difficultés . Malgré ça je continue à maintenir la vitesse prévue en prenant bien soin de m’hydrater régulièrement . Millau arrive , la ville , les voitures , les gens sur les côtés nous encourageant , on retrouve la civilisation … Je passe dans le gymnase , la fin du marathon pour certains , en 3h50mn30s … pas trop mal le timing !
Pas question de trop s’attarder , il reste encore du chemin et je sens bien que ça ne sera pas une partie de plaisir .
Sortie de Millau , passage à Creissels avec sa fameuse côte , la première vraie difficulté , avec le viaduc en guise de point de mire , et me voici en petites foulées , tête baissée , visière du Buff me laissant 2m de vision essayant de tenir une allure correcte . Un ou deux coureurs me dépassent mais dans l’ensemble je parviens à en doubler davantage . Interminable cette côte , je n’ose lever la tête pour voir ce qu’il reste , mes jambes sauront bien me le dire …Je n’ai pas rempli mon bidon au ravito de Creissels pensant le faire à celui situé sous le viaduc . Le problème est … qu’il n’y en a pas ! Mauvais souvenir de ma part , je vais devoir attendre d’arriver à St-Georges-de-Luzençon .
Mes muscles ont de plus en plus tendance à vouloir tétaniser à la moindre variation de relief , aussi la prudence s’impose : garder une allure correcte et bien gérer la transition côte-plat ou plat-descente . J’aurais aimé accélérer dans la descente qui suit le 50ème km mais impossible , le risque de crampes est trop grand . Arrêt un peu plus long que prévu à St-Georges , je mange bien et bois beaucoup d’eau gazeuse et de coca .
Interminable le faux-plat qui suit , celui-là aussi je l’avais « oublié » , enfin …j’avais oublié qu’il était aussi long ! Toujours les jambes à deux doigts de cramper , il me semble que je n’avance pas , enfin pas à l’allure à laquelle je voudrais . St-Rome-de-Cernon au pied de la côte de Tiergues est atteint avec soulagement . Fini le faux-plat , place à la vraie montée que , franchement je préfère , au moins je sais à quoi m’en tenir .
Finalement elle passera pas trop mal , j’adopte la même position que pour Creissels : tête baissée , champ de vision réduit à 3 mètres et petites foulées tranquilles (à la Riri !!) . A un moment quand même , une crampe a failli se déclencher suite à un trébuchement mais , bien rattrapé j’ai évité le pire . Me voilà donc sans trop y penser arrivé au sommet de Tiergues , où là une portion plate me permet , toujours avec prudence , de reprendre un peu en vitesse .
Arrêt au ravito et j’embraye sur la descente de Saint-Affrique .
Tout ceux qui ont déjà fait Millau savent qu’elle est longue et fatigante , et qu’une fois arrivé en bas il va falloir la remonter …rien de bon pour le moral si on est à la peine à ce moment . Le flot de coureurs en face est plus important depuis un moment , chacun des « descendeurs » envie un peu les « monteurs » . Arrivé en ville , je constate que Pierre et Dany qui devaient me rejoindre en tandem après leur marathon ne sont pas là . L’année dernière c’était juste avant l’entrée du village qu’ils m’avaient rattrapé . Soit je m’améliore soit ils ont plus de mal à pédaler me dis-je en souriant , ça fait du bien… Ce n’est pas bien grave , ils sauront bien me trouver .
Arrêt rapide au ravito où je récupère frontale et manchons pour les bras . Il fait encore bien jour mais je vais quand même arriver de nuit . Même technique pour cette troisième montée , toujours en mode survie , tête baissée ! Cette « technique » n’est pas sans risque , avec 3 mètres de visibilité plusieurs fois j’ai failli télescoper un cycliste à l’arrêt , un coureur plus lent ou même une voiture en stationnement . On a beau être dans son monde , autour la vie continue …
Durant la montée je croise Dominique (Basilio) , puis un peu plus loin Colette et Ange en vélo suivis de Pierre et Dany en tandem . Tout ce petit monde va sûrement faire la boucle jusqu’à Saint-Affrique , on se retrouvera un peu plus tard . Le sommet est atteint après un arrêt plus long qu’à l’aller au ravito de Tiergues , s’ensuit la portion plate puis c’est la descente sur Saint-Rome . Après la première épingle à cheveux je croise Sandra et Danielle , elles ont presque fini leur ascension . Tant l’une que l’autre me semblent bien , c’est bon signe , je me sens toujours responsable de leur engagement . Juste derrière à quelques centaines de mètres Monique suit , elle aussi me paraît en forme . Quelques mots échangés et un bisou plus tard et me voilà reparti , croisant dans la descente Thierry (Bobosse) qui s’alignait sur son premier cent kilomètres puis Aloha , un ancien collègue de boulot , son deuxième Millau pour lui , mais je vois à toute évidence que la forme n’y est pas . Ce sera un long calvaire jusqu’au bout pour lui …
Saint-Rome est passé après une petit arrêt au ravito , puis c’est le long faux-plat que je n’aime pas . C’est bizarre mais à l’aller on sent très bien le côté « montant » alors qu’au retour je n’ai pas l’impression qu’il descend ! C’est sur cette portion que Colette et Ange me retrouvent , nous faisons un bout de chemin ensemble jusqu’au ravito musical où là je les perds . Ce sera le dernier point où je m’arrête . Depuis ma première participation j’ai pris l’habitude de zapper les deux derniers , l’envie de finir étant la plus forte .
Passage sans arrêt donc à Saint-Georges , ça surprendra Alex qui me filait le train , mais ça je ne le savait pas encore et de nouveau le viaduc en ligne de mire . Il fait encore bien jour et je repensais à l’année dernière où , au même endroit , la nuit était déjà bien tombée …donc je ne suis pas trop mal ! Toujours la même technique bien rodée pour la montée . En haut du viaduc , juste avant la descente Pierre et Dany me rejoignent . Je dois avouer que je les avais un peu oubliés , leur promenade en tandem a dû leur prendre un peu plus de temps . Ce n’est pas grave , de toutes façons comme c’est dur pour moi depuis un bon moment je n’aurais pas été de bonne compagnie , autant qu’ils continuent leur périple cycliste à leur rythme . Après un kilomètre ensemble ils ont ma bénédiction pour filer !
Prudence dans la descente qui suit , les jambes ayant toujours tendance à cramper . Le ravito de Creissels reste sur le côté et c’est Millau , la ville , qui commence à pointer son nez . Vers le 97ème , Pascal , l’accompagnateur d’Alex me rejoint . Je pensais depuis le début que tous les deux étaient devant , mais un changement de chaussures d’Alex après Aguessac a fait que , sans m’en apercevoir je suis passé devant . Peu après Alex me rattrape , nous faisons environ un kilomètre ensemble puis ses jambes étant meilleures que le miennes , me lâche sans vergogne … !
L’arrivée dans la ville me semble toujours longue , elle n’en finit pas d’arriver cette grande ligne droite qui mène au parc de la Victoire . Lorsqu’enfin j’y suis , que l’entrée du parc apparaît , que l’allée de platanes où se trouve le public se dessine devant moi , j’essaie quand même d’esquisser un sourire pour remercier les gens qui se donnent la peine d’être là à nous applaudir . Mais c’est dur , c’est dur l’arrivée d’un cent kilomètres .
L’arche est franchie en 11H09mn avec 25mn durement acquises sur l’année précédente et 1H30 sur ma première participation en 2009 … Pas trop mal finalement , mais je sens qu’il sera difficile de s’améliorer .
Colette et Ange , sur place , m’aident à rassembler mes affaires , récupérer les sacs et me trouver une chaise un peu à l’écart où je vais pendant 20mn m’affaler pour reposer mes jambes . J’y ai pensé pendant les 10 derniers kilomètres à cette chaise , c’est bête , mais c’est comme ça …on a de drôles de pensées lorsque le cerveau déconnecte un peu !
Une douche , une bière et un bon repas ont suivi l’épisode de la chaise puis bien installé dans les gradins j’ai patiemment attendu les collègues qui s’essayaient sur l’épreuve .
Chacun finira son premier « cent bornes » . Plus difficilement pour certains , mais tout le monde ira au bout de son challenge : terminer . Bravo à vous tous : Thierry (Bobosse) , Frédéric (Carpe diem) , Tony (Elpalmero) , Babou , Gilles et David (pompier22) . Bien sûr je n’oublierai pas mes deux « élèves » : Sandra et Monique qui , à 3 mn d’intervalle , finissent sous les 15 heures . Quelle satisfaction pour toutes les deux , elles qui pensaient terminer en 16H et quelle volonté , je suis vraiment épaté .
Monique nous a fait un petit malaise au moment du repas . Sûrement pour attirer l’attention du docteur Thierry avec qui elle a partagé son premier marathon et ici son premier cent bornes . Rien de bien grave heureusement .
Tout ce petit monde s’est retrouvé le lendemain dans le superbe restaurant du Château de Creissels , pour un repas gastronomique …les fruits secs , le chocolat et le glucose ça va bien un moment ! Voilà terminée cette épreuve qui , je pense , restera gravée dans nos mémoires tant elle a permis à chacun de se surpasser en se disant « je l’ai fait » .